Né le 21 ou le 22 décembre 1639, Jean Racine était le fils d’un greffier de la Ferté-Millon. Orphelin à l’âge de trois ans, il fut recueilli par sa grand-mère paternelle. En 1649 – Racine a alors dix ans -, cette dernière confia son éducation à une institution sans égale au XVIIe siècle, les Petites Écoles du monastère de Port-Royal. Tenues par les religieux et les « solitaires » du couvent de Port-Royal, ces écoles se distinguaient par la qualité et la « modernité » de leur enseignement. En effet, elles proposaient l’étude du grec et du français, quand les autres établissements, notamment ceux des jésuites, se bornaient à enseigner le latin à leurs élèves. Elles favorisaient en outre l’étude des langues étrangères et la lecture de textes intégraux – et non pas seulement d’extraits comme c’était alors le cas dans la majorité des collèges. Racine garda de cet enseignement une solide culture classique, et en particulier une bonne connaissance des tragiques grecs (Eschyle, Sophocle, et surtout Euripide), qui furent pour son théâtre des modèles et des sources d’inspiration.
mardi 26 avril 2016
Pièces de Jean Racine
1664 : LA THÉBAÏDE
1665 : ALEXANDRE LE GRAND
1667 : ANDROMAQUE
1668 : LES PLAIDEURS
1669 : BRITANNICUS
1670 : BÉRÉNICE
1672 : BAJAZET
1673 : MITHRIDATE
1674 : IPHIGÉNIE
1677 : PHÈDRE
1689 : ESTHER
1691 : ATHALIE
Jean Racine, maître de la tragédie classique
Lorsque Racine commence sa carrière, la tragédie, originaire de l’Antiquité grecque, est un genre très codifié, fondé sur les principes énoncés par Aristote (IVe siècle av. J.-C.), et redéfini en France pendant la première moitié du XVIIe siècle. Pièces en alexandrins et en cinq actes, les tragédies empruntent leurs sujets à l’histoire ou à la mythologie.
Ainsi, Mithridate, Britannicus, Bérénice, proviennent de l’histoire romaine; Andromaque, Iphigénie, Phèdre, de la mythologie, et si Bajazet, pièce «turque», se réfère à l’histoire contemporaine, le manque de distance est compensé par l’exotisme géographique et culturel. Illustres et exemplaires, les personnages sont plongés dans une crise dont l’issue, souvent fatale, inspire terreur et pitié, provoquant la catharsis, purgation des passions. Dans ses préfaces, Racine revendique l’héritage des Anciens, des grecs Euripide, Eschyle, Sophocle, ou d’auteurs latins, Virgile, Sénèque, Tacite. Esther et Athalie, tragédies religieuses, sont issues de la Bible.
Racine suit la règle des trois unités. L’action commence le matin pour s’achever le soir, respectant l’unité de temps (la durée de l’intrigue ne doit pas excéder vingt-quatre heures).
L’unité de lieu (l’action se déroule dans un seul lieu) contribue à enfermer les personnages dans le cercle de leurs passions.
L’unité d’action (une seule intrigue), extrême dans Bérénice, est aussi respectée dans des tragédies, comme Bajazet, dont les péripéties servent le déroulement de l’action principale. Par ailleurs, l’obligatoire vraisemblance ne coïncide pas nécessairement avec le vrai ; Racine se conforme aux habitudes culturelles de son public, admettant des touches de merveilleux païen (comme le « monstre » qui, dans Phèdre, attaque Hippolyte) ou de merveilleux chrétien issu des récits bibliques.
Les bienséances exigent de ne pas heurter le goût ou les idées des spectateurs, d’éviter une violence susceptible de les fasciner.
Les brutalités–assassinats de Pyrrhus dans Andromaque, de Britannicus, de Roxane, dans Bajazet – sont racontées et non montrées. La proscription d’un langage cru épure un style subtil qui recourt à la litote, à l’euphémisme. Loin d’en être prisonnier, Racine exploite les contraintes de la tragédie classique pour obtenir un maximum d’intensité.
Le dénouement doit restaurer la morale compromise par le déchainement des passions, mais Racine achève plutôt ses tragédies par la déploration, la compassion et les larmes.
Source:
http://jeanracinelitterature3.blogspot.com/
Ainsi, Mithridate, Britannicus, Bérénice, proviennent de l’histoire romaine; Andromaque, Iphigénie, Phèdre, de la mythologie, et si Bajazet, pièce «turque», se réfère à l’histoire contemporaine, le manque de distance est compensé par l’exotisme géographique et culturel. Illustres et exemplaires, les personnages sont plongés dans une crise dont l’issue, souvent fatale, inspire terreur et pitié, provoquant la catharsis, purgation des passions. Dans ses préfaces, Racine revendique l’héritage des Anciens, des grecs Euripide, Eschyle, Sophocle, ou d’auteurs latins, Virgile, Sénèque, Tacite. Esther et Athalie, tragédies religieuses, sont issues de la Bible.
Racine suit la règle des trois unités. L’action commence le matin pour s’achever le soir, respectant l’unité de temps (la durée de l’intrigue ne doit pas excéder vingt-quatre heures).
L’unité de lieu (l’action se déroule dans un seul lieu) contribue à enfermer les personnages dans le cercle de leurs passions.
L’unité d’action (une seule intrigue), extrême dans Bérénice, est aussi respectée dans des tragédies, comme Bajazet, dont les péripéties servent le déroulement de l’action principale. Par ailleurs, l’obligatoire vraisemblance ne coïncide pas nécessairement avec le vrai ; Racine se conforme aux habitudes culturelles de son public, admettant des touches de merveilleux païen (comme le « monstre » qui, dans Phèdre, attaque Hippolyte) ou de merveilleux chrétien issu des récits bibliques.
Les bienséances exigent de ne pas heurter le goût ou les idées des spectateurs, d’éviter une violence susceptible de les fasciner.
Les brutalités–assassinats de Pyrrhus dans Andromaque, de Britannicus, de Roxane, dans Bajazet – sont racontées et non montrées. La proscription d’un langage cru épure un style subtil qui recourt à la litote, à l’euphémisme. Loin d’en être prisonnier, Racine exploite les contraintes de la tragédie classique pour obtenir un maximum d’intensité.
Le dénouement doit restaurer la morale compromise par le déchainement des passions, mais Racine achève plutôt ses tragédies par la déploration, la compassion et les larmes.
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http://jeanracinelitterature3.blogspot.com/
L'œuvre de Jean Racine et le jansénisme
Le jansénisme se fonde sur la pensée du théologien néerlandais Cornelius Jansen, dit Jansénius (1585-1638), dont l’œuvre principale, L’Augustinus, reprend la position de saint Augustin sur la grâce et la prédestination.
L’homme, depuis le péché originel, est irrémédiablement corrompu, livré à l’amour de soi, s’adorant au lieu d’adorer Dieu. Seule la grâce divine peut sauver quelques élus, indépendamment du mérite ou des efforts humains. Personne, jamais, ne peut être assuré de son salut. L’homme est donc soumis à la prédestination.
Des échos jansénistes traversent le théâtre de Racine. Dominés par d’insatiables passions, nombre de ses héros illustrent l’emprise des trois concupiscences condamnées par saint Augustin. À la libido sentiendi, recherche de satisfactions sensuelles, correspond la fureur amoureuse de Phèdre ou de Roxane. Néron (Britannicus), Agamemnon (Iphigénie), Athalie, Mathan (Athalie) incarnent la libido dominandi, amour du pouvoir, empire de l’ambition, de l’orgueil.
La libido sciendi est un vain appétit de connaissances, une curiosité éperdue: «Ah ! Que vous enflammez mon désir curieux!» s’exclame Assuérus (Esther) et Roxane, qui a entendu parler de Bajazet, éprouve le désir irrésistible de le voir. Les passions des héros condamnés à l’insatisfaction s’exaspèrent car Dieu seul pourrait véritablement combler leurs attentes. Le Dieu racinien est un dieu caché, incompréhensible, dont l’homme espère inutilement un signe.
L’importance accrue de la fatalité dans Phèdre a pu donner lieu à une lecture janséniste de la pièce. Athalie, ultime tragédie de Racine, montre la quête vaine d’une manifestation divine et la nécessité d’obéir aveuglement aux desseins de la Providence. Mais, bien qu’il soit imprégné de la pensée augustinienne, Racine ne peut être considéré comme un auteur janséniste. Port-Royal condamne toute forme de théâtre et, par le fait même d’écrire des tragédies, Racine se détourne de ses anciens maîtres.
De plus, son pessimisme n’est pas aussi radical que celui des jansénistes pour qui l’humanité entière est déchue; certains des héros de Racine demeurent purs et vertueux. Le retour de Racine au jansénisme est favorisé par son abandon du théâtre, et son vif attachement à Port-Royal se lit dans une œuvre écrite en secret, demeurée inachevée.
L’Abrégé de l’histoire de Port-Royal, chronique apologétique du couvent, ne sera publié qu’au XVIIIe siècle, bien après la mort de Racine, celle de Louis XIV, et la destruction de l’abbaye.
Source:
http://jeanracinelitterature3.blogspot.com/
L’homme, depuis le péché originel, est irrémédiablement corrompu, livré à l’amour de soi, s’adorant au lieu d’adorer Dieu. Seule la grâce divine peut sauver quelques élus, indépendamment du mérite ou des efforts humains. Personne, jamais, ne peut être assuré de son salut. L’homme est donc soumis à la prédestination.
Des échos jansénistes traversent le théâtre de Racine. Dominés par d’insatiables passions, nombre de ses héros illustrent l’emprise des trois concupiscences condamnées par saint Augustin. À la libido sentiendi, recherche de satisfactions sensuelles, correspond la fureur amoureuse de Phèdre ou de Roxane. Néron (Britannicus), Agamemnon (Iphigénie), Athalie, Mathan (Athalie) incarnent la libido dominandi, amour du pouvoir, empire de l’ambition, de l’orgueil.
La libido sciendi est un vain appétit de connaissances, une curiosité éperdue: «Ah ! Que vous enflammez mon désir curieux!» s’exclame Assuérus (Esther) et Roxane, qui a entendu parler de Bajazet, éprouve le désir irrésistible de le voir. Les passions des héros condamnés à l’insatisfaction s’exaspèrent car Dieu seul pourrait véritablement combler leurs attentes. Le Dieu racinien est un dieu caché, incompréhensible, dont l’homme espère inutilement un signe.
L’importance accrue de la fatalité dans Phèdre a pu donner lieu à une lecture janséniste de la pièce. Athalie, ultime tragédie de Racine, montre la quête vaine d’une manifestation divine et la nécessité d’obéir aveuglement aux desseins de la Providence. Mais, bien qu’il soit imprégné de la pensée augustinienne, Racine ne peut être considéré comme un auteur janséniste. Port-Royal condamne toute forme de théâtre et, par le fait même d’écrire des tragédies, Racine se détourne de ses anciens maîtres.
De plus, son pessimisme n’est pas aussi radical que celui des jansénistes pour qui l’humanité entière est déchue; certains des héros de Racine demeurent purs et vertueux. Le retour de Racine au jansénisme est favorisé par son abandon du théâtre, et son vif attachement à Port-Royal se lit dans une œuvre écrite en secret, demeurée inachevée.
L’Abrégé de l’histoire de Port-Royal, chronique apologétique du couvent, ne sera publié qu’au XVIIIe siècle, bien après la mort de Racine, celle de Louis XIV, et la destruction de l’abbaye.
Source:
http://jeanracinelitterature3.blogspot.com/
Jean Racine et Port-Royal
De 1649 à 1668, Racine bénéficie de l’enseignement dispensé à l’abbaye janséniste de Port-Royal, dans la vallée de Chevreuse, par les « Solitaires », laïques retirés du monde.
La rigueur austère des jansénistes – l’homme, irrémédiablement corrompu, ne devra son éventuel salut qu’à la grâce divine – attire des aristocrates, des magistrats, des écrivains (Pascal, en particulier), créant un véritable courant d’opinion. Mais Port-Royal revendique l’indépendance de la conscience face à toute hiérarchie et la prédominance du spirituel sur le temporel.
L’autorité de l’Église et l’absolutisme du pouvoir royal sont ainsi remis en cause. Des bulles papales condamnent L’Augustinus, œuvre de Jansénius, ainsi que cinq propositions qui lui sont attribuées. En 1663, refusant de signer un Formulaire qui entérine ces condamnations, les religieuses de Port-Royal sont dispersées. En 1669, leFormulaire enfin signé, l’abbaye est rétablie. Mais persécutions et expulsions reprendront en 1679. Racine, dont l’œuvre comporte des traces d’influence janséniste, se détache de Port-Royal à partir du moment où il entame une carrière littéraire : les jansénistes s’opposent violemment au théâtre comme à tout divertissement qui détourne l’homme de Dieu.
Ainsi, entre 1664 et 1666, l’un des anciens maîtres de Racine, Pierre Nicole, publie dix-huit Lettres sur l’hérésie imaginaire qui traitent les romanciers et les dramaturges « d’empoisonneurs publics, non des corps, mais des âmes ». Racine réplique, en 1666, par un écrit polémique, À l’auteur des hérésies imaginaires. La rupture avec Port-Royal dure jusqu’en 1677, année où Racine, devenu historiographe du roi, change de vie et renonce au théâtre. Il se rapproche alors des Solitaires, se rend à l’abbaye, intervient à la Cour en faveur du monastère. À la fin de sa vie, alors qu’il rédige en secret un Abrégé de l’histoire de Port-Royal, Racine, accusé de jansénisme, frôle la disgrâce et proteste de sa soumission à l’Église et au roi. Conformément à ses dernières volontés, il sera inhumé à Port-Royal.
La rigueur austère des jansénistes – l’homme, irrémédiablement corrompu, ne devra son éventuel salut qu’à la grâce divine – attire des aristocrates, des magistrats, des écrivains (Pascal, en particulier), créant un véritable courant d’opinion. Mais Port-Royal revendique l’indépendance de la conscience face à toute hiérarchie et la prédominance du spirituel sur le temporel.
L’autorité de l’Église et l’absolutisme du pouvoir royal sont ainsi remis en cause. Des bulles papales condamnent L’Augustinus, œuvre de Jansénius, ainsi que cinq propositions qui lui sont attribuées. En 1663, refusant de signer un Formulaire qui entérine ces condamnations, les religieuses de Port-Royal sont dispersées. En 1669, leFormulaire enfin signé, l’abbaye est rétablie. Mais persécutions et expulsions reprendront en 1679. Racine, dont l’œuvre comporte des traces d’influence janséniste, se détache de Port-Royal à partir du moment où il entame une carrière littéraire : les jansénistes s’opposent violemment au théâtre comme à tout divertissement qui détourne l’homme de Dieu.
Ainsi, entre 1664 et 1666, l’un des anciens maîtres de Racine, Pierre Nicole, publie dix-huit Lettres sur l’hérésie imaginaire qui traitent les romanciers et les dramaturges « d’empoisonneurs publics, non des corps, mais des âmes ». Racine réplique, en 1666, par un écrit polémique, À l’auteur des hérésies imaginaires. La rupture avec Port-Royal dure jusqu’en 1677, année où Racine, devenu historiographe du roi, change de vie et renonce au théâtre. Il se rapproche alors des Solitaires, se rend à l’abbaye, intervient à la Cour en faveur du monastère. À la fin de sa vie, alors qu’il rédige en secret un Abrégé de l’histoire de Port-Royal, Racine, accusé de jansénisme, frôle la disgrâce et proteste de sa soumission à l’Église et au roi. Conformément à ses dernières volontés, il sera inhumé à Port-Royal.
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